Céramique alimentaire : Comment préparer un contrôle DGCCRF avec Sophie Durran
- Anne Rouillé

- il y a 4 jours
- 12 min de lecture
Cet article est né d’un échange réel. Suite à une interview entre Sophie et moi, j’ai voulu aller plus loin sur un sujet encore peu compris dans le monde de la céramique : la réglementation alimentaire.
Je l’ai contactée après être tombé sur l’un de ses posts Instagram, dans lequel elle évoquait un contrôle de la DGCCRF. Un sujet rarement détaillé, souvent flou, et pourtant central dès qu’on vend des pièces destinées au contact alimentaire.
À travers cet échange, l’objectif n’est pas de donner une vision théorique.Mais de comprendre concrètement ce qui se passe lorsqu’on est confronté à un contrôle, et surtout ce que cela implique dans la réalité d’un atelier.
Le parcours de Sophie permet de mettre des mots simples sur un cadre complexe. Et surtout, de mieux comprendre les choix stratégiques que chaque céramiste doit faire aujourd’hui.
Merci Sophie pour cet échange et c’est un plaisir de partager cet article invité sur www.mirettecapucine.fr Anne Rouillé – Clay makers academy
Table des matières
Le parcours de Sophie : de débutante à céramiste en activité
Avant la céramique
Sophie ne vient pas du tout du monde de la céramique. Pendant plusieurs années, elle travaille comme assistante maternelle. Un métier qu’elle exerce avec sérieux, mais qui finit par l’épuiser. La période post-COVID accentue ce malaise : les conditions changent, le plaisir diminue, et elle ressent un vrai besoin de tourner la page.
À ce moment-là, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire. Elle n’a pas de projet précis. Elle cherche surtout à se recentrer sur elle, à retrouver une activité qui a du sens et qui lui permet de reprendre le contrôle sur son quotidien. La céramique apparaît alors comme une envie qu’elle n’avait jamais vraiment explorée.
Ce n’est pas un choix stratégique. C’est une intuition. Une envie de tester quelque chose de nouveau, sans pression, sans objectif de rentabilité. Elle se lance simplement pour voir.
Une formation rapide mais sérieuse
Sophie trouve une formation à distance qui lui permet de commencer depuis chez elle. À ce moment-là, elle n’a pas d’atelier. Elle travaille dans un espace improvisé, avec les moyens du bord. Mais très vite, elle s’impose un cadre de travail régulier et structuré.
Elle ne reste pas dans une approche “loisir flou”. Elle pratique, elle répète, elle progresse. La formation lui donne une direction claire, et elle décide d’aller plus loin en préparant le CAP céramiste avec le bol . Ce choix l’oblige à structurer encore davantage sa pratique.
En moins d’un an, elle passe l’examen et valide son diplôme. Cette phase est déterminante. Elle acquiert les bases techniques, comprend les matériaux, et développe une vraie autonomie dans sa pratique. Ce n’est plus une simple découverte.
Le déclic vers une activité
Au départ, Sophie ne se projette pas du tout comme céramiste professionnelle. Elle voit la céramique comme une activité personnelle. Mais au fil du temps, les choses évoluent naturellement. Elle prend du plaisir, elle progresse, et son entourage commence à s’intéresser à ce qu’elle fait.
Ce sont d’abord ses proches qui la poussent à vendre ses pièces. Elle n’avait pas envisagé cette possibilité au départ. Puis une opportunité se présente : donner des cours. Elle accepte, sans forcément anticiper l’impact que cela va avoir sur la suite.
C’est à ce moment-là que tout bascule. Elle découvre qu’elle aime transmettre, et que cette activité peut devenir une base solide pour son revenu. En quelques mois, elle passe d’une pratique personnelle à une activité structurée, construite autour des cours et complétée par la vente de pièces.
Son parcours ne suit pas un plan défini à l’avance. Il se construit progressivement, en avançant étape par étape, en saisissant les opportunités au bon moment. C’est justement ce qui le rend accessible et concret pour quelqu’un qui démarre.
Son activité aujourd’hui
Son modèle économique
Aujourd’hui, l’activité de Sophie repose principalement sur les cours. C’est ce qui structure son quotidien et génère l’essentiel de ses revenus. Elle propose des cours réguliers à des élèves en loisir, ainsi que des sessions d’initiation ponctuelles, ce qui lui permet d’avoir une base stable.
La vente de pièces, elle, vient en complément. Elle continue de produire, mais ce n’est pas le cœur de son modèle économique. Cette organisation lui permet de sécuriser ses revenus tout en gardant un espace de création personnelle, sans pression commerciale permanente.

Avec le recul, ce modèle est plus réaliste pour une céramiste indépendante. Il évite de dépendre uniquement des ventes de pièces, souvent irrégulières, et permet de construire une activité plus équilibrée sur le long terme.
Ses canaux de vente
Sophie vend ses pièces principalement via son site internet. C’est son point central.
Instagram @mirette.capucine lui sert surtout de vitrine pour montrer son travail, partager son univers et attirer des personnes vers son site ou ses cours.
Elle participe aussi à des marchés ponctuellement, notamment lors d’événements locaux. Ce n’est pas un canal régulier, mais plutôt opportuniste. Elle y va quand son planning le permet et quand les conditions sont intéressantes.
Ses clients viennent donc de plusieurs sources : les réseaux sociaux, son site, et aussi directement de ses élèves. Ce lien entre les cours et la vente crée une dynamique naturelle dans son activité.
Sophie partage également sa passion sur youtube
Organisation atelier
Son atelier est installé chez elle, dans une dépendance. Cela lui permet de travailler facilement au quotidien, sans contrainte de déplacement. Elle organise son temps entre les cours, la production et la gestion de son activité.
Le contrôle DGCCRF : ce qui s’est vraiment passé

La convocation
Tout commence par un appel. Une personne de la DGCCRF contacte Sophie pour l’informer qu’elle va recevoir un courrier de convocation. À ce moment-là, elle ne comprend pas vraiment pourquoi elle est ciblée. Elle pense d’abord à un problème ou à une plainte.
Très vite, elle est rassurée sur un point : il s’agit d’une campagne de contrôle nationale. Les céramistes sont contrôlés progressivement, les uns après les autres. Ce n’est pas lié à son activité en particulier.
Quelques jours plus tard, elle reçoit le courrier officiel. Le ton est clair. Ce n’est pas une invitation, c’est une obligation. Elle doit se rendre au rendez-vous avec les documents demandés. Il n’y a pas de marge de manœuvre.
Le rendez-vous
Le jour du rendez-vous, Sophie arrive avec les éléments demandés : les fiches techniques de ses émaux et les factures d’achat de ses matières premières. Sur le papier, elle est en règle. Elle a les documents. Elle a préparé son dossier.
On peut retrouver les fiches techniques chez son fournisseur comme CERAM DECOR

L’exemple de cette Email à effet Hêtre KB230 | TERRACOLOR
Mais très vite, l’échange prend une tournure inattendue. Elle se rend compte que les personnes en face d’elle ne maîtrisent pas les spécificités de la céramique. Elle doit expliquer les bases : la différence entre un vernis et un émail, les températures de cuisson, les produits utilisés.
L’entretien dure plus d’une heure. Elle détaille sa manière de travailler, ses matériaux, ses procédés. Elle fournit tous les documents demandés. À la fin du rendez-vous, le message est plutôt rassurant : le dossier semble complet, et rien d’inquiétant n’est évoqué à ce moment-là.
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Le basculement
Quelques semaines plus tard, elle reçoit un nouvel appel. Cette fois, le discours change complètement. Son dossier a été analysé, et il est considéré comme incomplet. Non pas sur les produits utilisés, mais sur les preuves à apporter.
Ce qui lui est reproché, ce n’est pas de mal travailler. C’est de ne pas pouvoir démontrer, administrativement, que ses pièces sont conformes. Il manque les tests en laboratoire pour valider ses productions.
La conséquence est immédiate. Elle reçoit une injonction : se mettre aux normes ou retirer toutes ses pièces alimentaires de la vente. Le problème n’est plus technique. Il devient administratif et structurel.
Ce que la DGCCRF demande réellement en céramique alimentaire
Les tests laboratoire
Le point central du contrôle repose sur les tests en laboratoire. Ce que la DGCCRF attend, ce n’est pas seulement de savoir quels produits sont utilisés, mais de vérifier le résultat final. Chaque pièce doit être validée dans sa configuration exacte.
Cela signifie qu’il faut tester chaque combinaison utilisée : une terre, un émail, un engobe. Dès qu’un élément change, un nouveau test est nécessaire. Une même forme, avec un décor différent ou une autre terre, devient un nouveau cas à analyser.
Très rapidement, le nombre de tests explose. Même avec une gamme limitée, Sophie se retrouve avec plusieurs tests à prévoir. Et ce n’est pas une estimation théorique. C’est une exigence concrète pour pouvoir continuer à vendre légalement.
La traçabilité complète
Au-delà des tests, la DGCCRF demande une traçabilité totale de la production. Cela commence dès l’amont, avec les matières premières. Il faut être capable de retrouver les lots de terre, les références des émaux, et les produits utilisés pour chaque pièce.
Ensuite, la production doit être suivie précisément. Chaque pièce doit être associée à une cuisson, à un bain d’émail, à une date. Cela implique de mettre en place un système de numérotation et d’enregistrement pour suivre chaque étape.
Enfin, la traçabilité va jusqu’au client final. Il faut pouvoir savoir à qui chaque pièce a été vendue. Ce point est particulièrement complexe pour un artisan qui vend en direct, notamment sur les marchés, où les clients ne sont pas toujours identifiés.
Les obligations administratives
Tout cela se traduit par une charge administrative importante. Il ne suffit pas de bien travailler. Il faut pouvoir le prouver, avec des documents structurés et exploitables. La réglementation repose sur des preuves, pas sur des intentions.
Cela implique de constituer des dossiers complets : fiches techniques, résultats de tests, suivi de production, enregistrements des ventes. Chaque élément doit être accessible et cohérent en cas de contrôle.
L’organisation devient donc un enjeu majeur. Sans système clair, la gestion devient rapidement ingérable. Ce n’est plus seulement un travail d’artisan. C’est une véritable gestion de production, avec des exigences proches de celles de l’industrie.
Pourquoi c’est difficile pour un artisan
Des règles pensées pour l’industrie
Le premier problème, c’est que ces règles ne sont pas conçues pour des artisans. Elles viennent d’un cadre industriel, où la production est standardisée, répétable et parfaitement contrôlée. Chaque pièce est identique, chaque lot est homogène.
En céramique artisanale, la réalité est différente. Il y a des variations. Une même série peut présenter de légères différences. Les combinaisons terre, émail, engobe évoluent. Le travail est plus vivant, mais aussi moins standardisable.
Ce décalage crée une tension. Les exigences restent les mêmes, mais les conditions de production n’ont rien à voir. L’artisan doit s’adapter à un système qui n’a pas été pensé pour lui.
Une charge de travail énorme
Mettre en place ces exigences demande un temps considérable. Il ne s’agit pas seulement de produire des pièces. Il faut documenter chaque étape, organiser les données, suivre les lots, enregistrer les informations.
Chaque nouvelle pièce implique potentiellement de nouvelles démarches. Chaque variation demande une attention supplémentaire. Ce travail s’ajoute à la production, aux cours, à la gestion quotidienne de l’activité.
Très vite, la complexité augmente. Ce n’est pas une tâche ponctuelle. C’est une organisation à maintenir dans le temps. Pour un artisan seul, cela devient difficile à absorber sans impacter le reste de l’activité.
Un coût élevé
À cela s’ajoute le coût financier. Les tests en laboratoire représentent un coût non négligeable, surtout lorsqu’ils se multiplient.
Mais le coût ne s’arrête pas là. Il y a aussi le temps passé, l’énergie mobilisée, et parfois les adaptations à mettre en place dans l’atelier. La gestion administrative elle-même a un coût indirect.
L’impact concret sur son activité
Décision radicale
Face à ces exigences, Sophie prend une décision claire. Elle arrête complètement la production de pièces alimentaires.
Dans son activité, la vente de pièces alimentaires représente une part minoritaire. Le poids des contraintes administratives et financières n’est pas cohérent avec ce que cela lui rapporte réellement.
Elle choisit donc de simplifier. Plutôt que de se lancer dans une mise aux normes lourde et complexe, elle préfère réorienter son activité vers des pièces non alimentaires.
Déstockage
Une fois la décision prise, il faut agir rapidement. Elle dispose d’un délai pour se mettre en conformité ou retirer ses produits de la vente. Elle choisit de déstocker tout ce qu’elle a encore en stock.
Elle organise alors une vente rapide pour écouler ses pièces alimentaires avant la fin du délai. L’objectif est simple : éviter de devoir les jeter ou de se retrouver hors cadre légal.
Cette phase demande de l’adaptation. Il faut communiquer, vendre vite, et gérer la transition en parallèle du reste de l’activité. Ce n’est pas anticipé, mais nécessaire.
Risques encourus
Les risques en cas de non-conformité sont clairement annoncés. Les amendes peuvent monter jusqu’à 7500 € par modèle vendu.
À cela s’ajoute une forme de surveillance. Une fois identifiée, son activité peut être suivie. Le site peut être contrôlé régulièrement pour vérifier que les règles sont respectées.
Les stratégies possibles face à la réglementation
Option 1 : Se mettre aux normes
La première option consiste à entrer pleinement dans le cadre réglementaire. Cela implique de mettre en place une traçabilité complète, de réaliser les tests en laboratoire et d’organiser toute sa production en conséquence.
Concrètement, il faut structurer son atelier comme un système. Chaque pièce doit être suivie, chaque matériau identifié, chaque cuisson enregistrée.
Option 2 : Simplifier sa production
Une autre approche consiste à réduire la complexité. Moins de combinaisons, moins de variations, moins de tests. L’objectif est de limiter le nombre de cas à gérer pour rendre la mise aux normes plus accessible.
Cela peut passer par des choix simples : utiliser une seule terre, un seul émail, éviter les engobes sur les zones sensibles. En standardisant sa production, on réduit mécaniquement le nombre de tests nécessaires.
Cette stratégie demande de faire des compromis sur la créativité ou la diversité des pièces. Mais elle permet de conserver une activité alimentaire tout en gardant une charge de travail maîtrisable.
Option 3 : Arrêter l’alimentaire
La troisième option est plus radicale : arrêter complètement la production de pièces destinées au contact alimentaire. Cela permet de sortir du cadre réglementaire et de simplifier fortement son activité.
Ce choix implique un repositionnement. Il faut orienter sa production vers des pièces décoratives ou non alimentaires, et adapter son offre en conséquence.
C’est une décision stratégique. Elle peut libérer du temps, réduire la charge mentale et permettre de se concentrer sur d’autres aspects de l’activité, comme les cours ou la création.
Le choix de Sophie : un pivot stratégique
Arrêt de l’alimentaire
Sophie ne cherche pas à contourner le problème. Elle analyse la situation de manière simple : le poids des contraintes est trop important par rapport à ce que lui rapporte la vente de pièces alimentaires.
Dans son cas, ce n’est pas le cœur de son chiffre d’affaires. Les cours représentent déjà la majorité de ses revenus. Continuer l’alimentaire impliquerait beaucoup de temps, de coûts et de complexité pour un impact limité.
Elle prend donc une décision rationnelle. Elle arrête. Non pas par contrainte pure, mais parce que l’équation économique ne tient pas.
Nouvelle direction
Une fois cette décision prise, elle réoriente son activité. Elle continue de produire et développer ses partenariats. Cela lui permet de conserver un espace de création sans entrer dans le cadre réglementaire le plus contraignant.
En parallèle, elle continue de développer les cours, qui restent la base de son activité. Ce pivot ne freine pas son développement. Il le redirige.
Ce que tu dois retenir si tu fais de la céramique alimentaire
Les erreurs à éviter
La première erreur, c’est de penser que “ça passe”. Pendant longtemps, beaucoup de céramistes ont travaillé sans être réellement confrontés à ces exigences. Mais ce contexte est en train de changer.
Ignorer la réglementation ou repousser le sujet ne protège pas. Au contraire, cela expose à des décisions prises dans l’urgence, comme devoir retirer des pièces ou arrêter une partie de son activité du jour au lendemain.
L’autre erreur, c’est de négliger la traçabilité. Même si cela semble lourd au départ, ne rien mettre en place rend la situation encore plus difficile à gérer en cas de contrôle.
Les bases indispensables
La première base, c’est de comprendre ce que tu fais. Quels matériaux tu utilises, comment ils réagissent, et ce que cela implique en termes de sécurité alimentaire. Ce n’est pas une option si tu veux produire sérieusement.
Pour ce point, tu peux commencer avec le module préparation sur l’espace de formation des claymakeuses PRO
Ensuite, il faut documenter. Garder les fiches techniques, les factures, organiser ses informations. Ce travail peut sembler secondaire, mais il devient central dès qu’il est question de conformité.
Enfin, il faut anticiper. Réfléchir à son organisation en amont, plutôt que de subir les contraintes plus tard. Plus c’est structuré dès le départ, plus c’est simple à gérer.
Le bon état d’esprit
Le sujet peut faire peur, mais rester dans le déni ne change rien. La réglementation existe, et elle s’applique, que ce soit confortable ou non.
Adopter une posture active change tout. Tu passes d’une situation subie à une stratégie choisie, adaptée à ta réalité.
Conclusion
La réglementation sur la céramique alimentaire ne va pas disparaître. Les contrôles vont continuer, et probablement s’intensifier dans les années à venir.
Face à ça, il n’y a pas de solution unique. Mais il y a trois options claires :
se mettre aux normes et structurer son activité
simplifier sa production pour limiter les contraintes
arrêter l’alimentaire et repositionner son offre
Le vrai enjeu, ce n’est pas de savoir ce qui est “juste” ou “injuste”. C’est de choisir en conscience la direction la plus cohérente pour ton activité.
Merci pour Sophie pour cet échange, Merci à toi de nous avoir lu




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